Ce samedi n'est pas un jour comme les autres à Mendoza. C'est jour de parade pour la Fiesta nacional de la Vendimia, l'événement annuel le plus important de la ville coloniale.
Chacun des dix-sept chars arbore fièrement les couleurs du département qu'il représente et promène sa prétendante au titre de Reine des Vendanges 2007. Oui, je fais très tête couronnée ces derniers temps...
En soi, les plates-formes tirées par des tracteurs n'ont pas de charme particulier mais elles ont un atout majeur pour le public : on y a stocké fruits et affichettes en tous genres et les miss en robe longue les lancent de temps à autre aux spectateurs.
Grains de raisins bien sûr, mais aussi pommes, poires, melons (!) pleuvent par intermittence au-dessus des têtes, accompagnés des photos des candidates. Pour attirer l'attention des princesses perchées sur leur podium et glaner quelques offrandes, les uns sifflent, les autres crient, interpellent, agitent les mains, les parents prennent les plus jeunes sur les épaules, certains malicieux brandissent même de petits paniers en osier ou en plastique attachés à l'extrêmité d'un long bâton.
Et puis enfin il y en a qui ne font rien, qui, par exemple, les yeux rivés sur l'écran de leur appareil-photo numérique, vérifient la qualité des images,... et qui se prennent une grappe de raisin sur le crâne ! Heureusement que ce n'était pas un melon...
La demoiselle, auteur du méfait, s'excuse en souriant. Peut-être voulait-elle attirer mon attention.
Il est vrai que, depuis le début du défilé, je n'ai d'yeux que pour les Gauchos.
Comme ils sont beaux et fiers sur leurs chevaux ! Les cow-boys argentins n'ont rien à envier à leurs cousins nord-américains. Chaque département a un costume et des couleurs qui lui sont propres. Mais ils portent tous leurs bombachas (un pantalon de toile plissée), avec une large ceinture de cuir cloutée d'argent autour de la taille et sont munis de leur facón (couteau) aiguisé. Sans oublier un beau sombrero. Je ne pensais pas en côtoyer autant, si loin de la pampa, où la plupart chassaient autrefois le bétail pour en vendre la viande, la peau et le suif, avant l'essor des usines de salage. La pampa compte de riches pâturages dans l'Est du pays. Dans le Nord-Ouest, au pied des Andes, sur les terres apparemment arides autour de Mendoza s'étendent au contraire des centaines de beaux vignobles. La vallée del Elqui en plus grand, finalement.
Les ruisseaux perpétuels coulant des hautes montagnes environnantes permettent en effet l'irrigation. D'ailleurs, il est difficile d'ignorer les canaux qui longent les rues de la ville, apportant l'eau nécessaire aux cultures et aux arbres. Des sycomores sans lesquels, soit dit en passant, Mendoza serait une véritable fournaise.
L'irrigation n'est pas récente. Les Indiens Huape qui vivaient dans la région auparavant utilisaient déjà cette technique. Ce sont juste les cultures qui ont changé : Mendoza génère aujourd'hui près des trois-quarts de la production du vin argentin.
La population en est particulièrement fière. Pour terminer la journée, un amphithéâtre en plein-air a accueilli un magnifique spectacle. Des centaines de danseurs ont retracé l'histoire de la ville et de la vigne, mêlant chorégraphies et musiques modernes aux danses et chants traditionnels. Je ne regrette pas d'avoir prolongé mon séjour dans le coin de quelques jours. |