Il fait profondément noir. La petite torche sur mon casque éclaire faiblement le tunnel ascendant dans lequel je me suis engagée. A quatre pattes, la gorge et le nez remplis de poussières, j'avance péniblement, la respiration haletante. Le guide, habitué à ce genre d'exercice, a disparu depuis un moment. Je suis à la tête de notre quatuor germano-québéco-francais. Surtout ne pas faiblir. Ce n'est pas parce que je me trouve à cent mètres sous terre, dans un boyau à peine plus large que moi que je vais paniquer. Encore un effort et je vais peut-être pouvoir me tenir debout ou, au moins, m'asseoir.
La mine est mon champ d'exploration depuis à peine deux heures et déjà j'ai hâte de voir la lumière du jour et de respirer l'air vif de Potosi. Perchée à 4070 mètres d'altitude, la ville s'est développée rapidement et a connu de grandes années glorieuses à partir du moment où des gisements d'argent y ont été découverts. De beaux édifices coloniaux témoignent encore d'un riche passé. Un passé seulement car aujourd´hui la source s'est tarie. La présence de zinc et de plomb a permis d'éviter la fermeture de toutes les mines, organisées en coopératives.
J'admire les mineurs qui, depuis 7 heures en ce samedi matin, arrachent à la terre ses richesses. Sans grosses machines. A la force de leurs bras. Au quatrième sous-sol, on peut à peine se tenir debout. La température avoisine les 40 degrés. Ce qui n'empêche pas Juan et ses compagnons de pousser leurs chariots sur les rails aussi vite que possible. Ils se tuent littéralement à la tâche : leur espérance de vie ne dépasse pas 50 ans.
La bouteille de jus d'orange que nous avons apportée en cadeau se vide de ses deux litres en quelques secondes. Mâcher des feuilles de coca à longueur de journée les aide aussi, semble-t-il, à lutter contre la faim, la soif, le froid et la fatigue. En Bolivie et au Pérou, le commerce de ce produit est légal. C'est une tradition ancestrale. Ces mêmes feuilles de coca sont en effet utilisées pour fabriquer la cocaïne mais c'est une autre histoire.